Work Text:
Worthiness in Virtue
Ulysse est un homme fidèle, que ce soit à son pays et à ses idées. Toute l’armée Achéenne le sait, c’est pourquoi on l’appelle très rarement pour partager le fruit des pillages sur les cités troyennes—en tout cas, il ne fait pas partie des premiers appelés. Il est le maître de nombreux esclaves à Ithaque, et il en a pris de nouveaux depuis le début de la guerre pour entretenir sa tente ; loin de sa contrée, Ulysse préfère se soucier des stratégies plutôt que de la bonne température de son bain ou de la cuisson de sa viande.
Mais Ulysse ne possède pas autant d’excitation que les autres rois lorsque des trophées de guerre sont rapportés et exposés pour que chacun fasse son choix. Là où Agamemnon accapare les plus belles esclaves pour le plaisir de ses yeux et de ses mains, là où Ajax ne résiste pas à la tentation d’offrir les plus magnifiques parures à Tecmesse, là où Diomède se saisit des meilleures armes pour compléter sa collection, Ulysse ne fait que récupérer quelques présents pour Pénélope et Télémaque. La guerre s’éternise, et il ne voudrait pas revenir les mains vides après les avoir tant fait attendre…
Dans sa tente s’accumulent les bijoux et jouets dans des coffres qu’il espère charger sur son navire avant la fin d’une nouvelle année de conflit. Le doux visage de Pénélope lui manque plus que tout au monde, et Ulysse offrirait tous ces cadeaux aux Dieux pour qu’il le libère de ce conflit et lui permettent enfin de retrouver sa famille ! Neuf longues années de guerre ! Neuf longues années sans les voir, sans savoir si Télémaque est en bonne santé, si Pénélope l’attend encore et toujours !
Tant d’attente pour si peu de réelles récompenses… Ulysse sent la fatigue s’accumuler dans son corps, les cicatrices parcourant sa peau, les cernes et les rides apparaissant sur son visage. Que peut-il faire d’autre que d’attendre et prier pour que les Troyens abandonnent soudainement ?
Un doux rêve, mais Ulysse n’est pas un idéaliste. On attend de lui qu’il ait la tête sur les épaules, alors il se doit de trouver des solutions pour franchir l’impénétrable mur de Troie construit par Poséidon et Apollon eux-mêmes. Que faire ? Des milliers d’hommes ne pourraient pas en venir à bout avant plusieurs années ! Troie semble être une véritable prison à ciel ouvert, et Ulysse ne peut pas s’en échapper—la fureur d’Agamemnon se détournerait des Troyens et s’abattrait sur Ithaque, et Ulysse ne peut pas prendre ce risque !
Autour du feu, Ulysse partage un tonneau de vin avec ses hommes. Si un nouvel affrontement vient tout juste de les laisser sur un armistice temporaire, le moral n’est pour autant pas au plus haut. Ce n’est pas une défaite, mais ce n’est pas une victoire non plus. Alors pour dissiper l’odeur du sang et des cendres, pour contrer l’amertume d’une énième journée de combat, Ulysse compte sur l’alcool pour raviver les flammes de la volonté—Euryloque n’a pour une fois pas contredit ses ordres, bien heureux de distribuer une coupe de vin à toute leur petite armée.
Les histoires sont partagées dans la bonne humeur ; des légendes concernant les Dieux, des anecdotes familiales, d’anciens mythes que tous les hommes connaissent depuis leur plus tendre enfance. Ulysse se laisse bercer par cette joyeuse nuit, oubliant presque le sang séché sous ses ongles, le sable et le sel dans ses cheveux, l’épée qui a frôlé sa gorge de si peu quelques heures plus tôt…
Ulysse masse sa gorge, profitant d’être toujours entier pour une autre nuit. Rentrera-t-il un jour à Ithaque ? Reverra-t-il enfin Télémaque ? Embrassera-t-il une nouvelle fois Pénélope ? Combien d’hommes doit-il encore tuer pour pouvoir revoir son pays ?
Il relève les yeux de son vin, pour voir une ombre se faufiler entre les tentes, se dirigeant directement vers le camp des Myrmidons. Ulysse fronce les sourcils, se méfiant de tout ce qui concerne Achille—depuis que le demi-dieu a accepté de quitter Skýros, ses pensées n’ont cessé de sembler ailleurs, même si ses prouesses en combat ont toujours été formidables. Soutenir ses états d’âme face à Agamemnon et Ménélas est compliqué, quand même Achille se moque de prendre part aux conseils.
Le fils d’un roi et d’une nymphe, un incroyable guerrier, mais Achille n’est rien de plus qu’un jeune homme attiré par ce que tous les autres jeunes hommes de son âge désirent. Ulysse n’est pas intéressé par les histoires d’amour d’Achille—le Myrmidon aime toutes les reines qui croisent son chemin—mais il attend de lui qu’il laisse ses sentiments de côté et se concentre sur la bataille qu’il mène pour le salut de la Grèce.
Ulysse se relève en prétextant avoir besoin de se dégourdir les jambes (s’il le pouvait, il dormirait pour les trois prochains jours), laissant sa coupe à Politès. Il est désormais intéressé par ce qu’Achille a encore fait, en espérant que ce ne soit pas juste Patrocle essayant d’être discret en rejoignant son meilleur ami…
Son corps est lourd à chaque pas qui le rapproche de la tente d’Achille, mais sa curiosité l’emporte sur sa fatigue, et Ulysse se faufile tout autant que l’inconnu dans la pénombre pour contourner les Myrmidons gardant le sanctuaire du fils de Pélée. Derrière les tentures de cuir, des flammes dansent et projettent deux ombres se faisant face—ce n’est pas difficile de reconnaître Achille, ses longs cheveux attachés en une simple queue de cheval, et ses doigts s’enroulant autour du manche de son épée pour saluer l’intrus. La deuxième ombre doit porter une longue cape, et une capuche l’empêchant de discerner ne serait-ce que le contour de son visage.
Ulysse observe silencieusement la scène se jouer sous ses yeux, son cœur accélérant à chaque nouveau mouvement d’Achille ; la pointe de son épée se pose sous ce qui doit être le menton de l’autre figure, avant de lentement glisser le long de sa joue pour repousser la capuche. L’ombre de boucles se profile derrière la tenture, et Ulysse refuse de croire qu’Achille soit insolent au point d’accueillir ce genre de personnes dans sa tente—
‘’Alors tu es vraiment venu, prince de Troie.’’
Le sourire dans la voix d’Achille est évident—Ulysse aimerait blâmer l’alcool dans son sang et se dire que ce n’est qu’une illusion créée par les Dieux pour tester sa force, mais le demi-dieu dirige son épée vers le cœur du prince et un écho métallique l’atteint. Ulysse ne sait pas s’il est rassuré qu’Hector, prince héritier et général ennemi, soit venu avec son armure… Pourquoi est-il ici ? Pourquoi se tient-il devant Achille alors que tous les soldats de l’alliance attendent avec impatience le jour où sa tête tombera ?!
‘’Retire-la, je veux voir l’homme, pas le soldat.’’
Achille repose son épée, croisant ses bras sur son torse en observant tout autant qu’Ulysse les gestes méticuleux d’Hector lorsque ses longs doigts desserrent les sangles retenant son armure, la laissant tomber morceau par morceau sur le sol de la tente. Sa cape rejoint la petite pile à ses pieds, et il ne reste plus qu’une tunique pour couvrir l’homme qui a tué tant de soldats depuis le début de la guerre, tout comme Achille, qui tend une coupe en direction de leur ennemi commun.
Hector accepte la coupe et en prend une gorgée, se débarrassant à son tour de son épée en la déposant contre l’un des poteaux soutenant la tente. Non. Ça semble inconcevable qu’Achille trahisse les siens en s’alliant avec l’homme qu’il doit tuer selon la prophétie de Thétis ? Mais Ulysse ne connaît pas le jeune homme autant qu’il connaît les autres rois—Achille agit autant par amour de la guerre que par désir de liberté, et Ulysse est trop vieux pour comprendre ce besoin d’indépendance.
‘’Comment va ton frère ? Épargner sa gorge m’a valu beaucoup de réprimandes de la part d’Agamemnon.’’ Achille attrape à son tour une coupe, et prend une longue gorgée
‘’Troïlus n’ira plus jamais sur le champ de bataille, Achille. Je ne te laisserai plus jamais l’approcher.’’ Hector grogne presque, son épée à portée de main
‘’C’est bien dommage, il est si jeune et pourtant si beau. Mais je peux me contenter de toi.’’
Achille s’approche du prince, tournant autour de lui et examinant sûrement le corps d’Hector, qui surveille son hôte en reprenant une gorgée de sa boisson. Ulysse comprend ce qui se déroule dans cette tente, et il espère qu’Achille sait ce qu’il fait—ils ne peuvent pas prendre le risque de le perdre si Hector ne respectait pas la part de son engagement, s’il se décidait à le tuer après l’avoir manipulé…
Ulysse ne peut pas les laisser seul, il devrait même intervenir tout de suite pour mettre un terme à cette manigance et capturer Hector—ils pourraient mettre fin à la guerre en négociant sa libération avec Priam ! Pourquoi Achille doit-il toujours être aussi égoïste ? Pourquoi doit-il se moquer des neuf dernières années de sacrifices pour une nuit de passion et d’hybris ?
Mais son corps refuse de bouger. Ulysse est trop intrigué par le jeu d’Achille pour vouloir franchir la barrière entre lui et les deux redoutables guerriers, ou même pour s’écarter et retourner avec ses hommes. Il n’est qu’un homme, un homme qui attend depuis neuf ans pour retrouver sa femme et la chaleur de son corps, et la scène qui se déroule à quelques mètres seulement de lui réveille quelque chose qu’Ulysse n’arrive pas encore à comprendre…
‘’À genoux, Hector.’’
Son cœur rate un battement lorsque l’ombre d’Hector obéit, s’agenouillant gracieusement face à l’ombre d’Achille. Ulysse respire lourdement en imaginant le regard brun du Troyen, la douleur de la soumission brûlant dans ses yeux si fiers, et pendant une fraction de seconde, il rêverait d’être à la place d’Achille—ce doit être la plus belle victoire achéenne depuis le début de la guerre !
Achille pose sa main sur la joue d’Hector, le dominant par sa taille, plongeant son regard dans le sien. C’est un duel silencieux, interrompu par le petit rire qu’Achille laisse échapper. Sa respiration se bloque dans sa poitrine en voyant Hector prendre le pénis d’Achille en bouche, et une chaleur interdite le surprend dans le fond de son estomac—Achille enroule ses doigts autour des boucles d’Hector pour le guider et utiliser sa bouche comme lui-seul l’entend, et Ulysse doit mordre sa lèvre pour retenir un grognement…
Neuf ans de guerre, et Achille épargne leurs ennemis pour les utiliser de cette manière… Ulysse devrait entrer et mettre un terme à ce jeu malsain, faire comprendre à Achille à quel point il est égoïste et à quel point il anéantit le respect qu’il avait pour lui pour son seul plaisir, mais il ne peut pas être raisonnable. Pas alors que son propre corps désire la même chose du prince de Troie qu’il a tant observé sur le champ de bataille.
Ulysse n’est qu’un homme, et sa main glisse sous sa tunique lorsque les souffles excités d’Achille et les gémissements étranglés d’Hector lui parviennent. Chaque son guide ses propres doigts autour de son érection, et le désir remplace la culpabilité alors qu’il imagine les lèvres rouges gonflées d’Hector autour de sa propre bite, son regard embué de quelques larmes… Ulysse respire lourdement, son cœur battant dans sa poitrine comme s’il était encore sur le champ de bataille !
‘’Putain, Hector—‘’ Achille tire sur les cheveux du prince pour pousser plus loin dans sa gorge, ‘’Dommage que tu sois mon ennemi, je pourrais te prendre tous les soirs…’’
La seule réponse qu’il obtient d’Hector est un gémissement étranglé, couvert par le grognement d’Achille lorsque son orgasme le saisit. Ulysse ne tarde pas pour lui-même en finir, lorsqu’il ferme les yeux et imagine la salive et le sperme coulant le long des lèvres d’Hector, ses joues rouges et sa poitrine se soulevant rapidement. La honte dans son regard, et pourtant le désir en relevant sa tête pour voir le visage d’Ulysse—
Non. Celui d’Achille.
Ulysse reprend ses esprits, ses doigts sales mais son corps léger. Hector se relève en s’essuyant la bouche, recrachant dans sa coupe, et Achille rit encore et toujours en le regardant faire.
‘’C’est pour toi qu’on devrait tous se battre, pas pour la femme de Ménélas.’’
‘’Je préférerais mourir plutôt que d’appartenir à un Grec.’’
Une nouvelle fois, Achille rit en oubliant qu’il devait être discret, alors qu’Ulysse sent le poids de la trahison peser sur ses épaules—neuf ans de fidélité réduits à néant par l’arrogance du demi-dieu. Le désir s’est installé contre sa meilleure volonté, et Ulysse se battrait volontiers pour avoir la chance de posséder Hector et de l’amener à genoux…
Hector remet son armure et sa cape, attachant l’épée à sa ceinture. Il semble prêt à repartir sous l’une des tentures, mais son poignet est attrapé la main d’Achille avant qu’il ne puisse retrouver sa liberté. Même sans véritablement les voir, Ulysse peut sentir la tension entre eux, la fureur dans le regard d’Hector et la domination dans celui d’Achille.
Le prince ne lutte pas contre la main d’Achille, et ne s’écarte pas non plus lorsque le demi-dieu plaque ses lèvres sur les siennes—Ulysse aimerait ne pas entendre les gémissements et grognements, pour laisser le brasier s’éteindre à l’intérieur de lui… Mais Achille dévore et prend, même ce qui ne lui appartient pas, et Hector est essoufflé lorsqu’enfin son ennemi relâche ses lèvres.
‘’Ce matin, j’ai épargné ton joli petit-frère Troïlus, ainsi que ta délicate petite-sœur. Polyxène, c’est ça ?’’
Hector hoche faiblement la tête, serrant fermement les poings.
‘’Tu as sauvé ton frère ce soir, reviens demain et sauve ta sœur.’’ Achille tapote la joue d’Hector, l’amusement évident dans sa voix
‘’Et si je refuse ?’’
‘’Oh Hector, je ne suis pas aussi noble que toi. Ce ne sont peut-être que des enfants, mais ce ne serait pas bien compliqué pour moi de les tuer—‘’
‘’D’accord ! Je viendrai, espèce de monstre !’’
Cette insulte et le désespoir dans la voix d’Hector semble davantage exciter Achille que la vue du prince à genoux, car Ulysse peut presque voir le sourire carnassier du guerrier sur son visage parfait. Achille dépose un petit baiser sur la main d’Hector, et Ulysse semble de nouveau pouvoir respirer.
Hector se libère de la prise d’Achille et semble enfin pouvoir repartir, tout comme Ulysse, mais la voix d’Achille résonne et les arrête tous les deux :
‘’Une dernière chose, Hector ! Demain, j’utiliserai plus que ta bouche, alors préviens ta femme que tu ne dormiras pas avec elle.’’
Achille se détourne du prince en ricanant, alors qu’Hector fuit la tente en priant son protecteur. Malheureusement, Ulysse ne pense pas qu’Apollon puisse le protéger de ce que le demi-dieu a en tête…
Il ne pense même pas qu’Athéna pourrait l’aider à se débarrasser du désir qui brûle maintenant en lui, alors qu’Ulysse retourne d’où il vient, la tête baissée…
Fin
